#4 RGPD : la Belgique à la traine

A côté des rapports annuels publiés par les autorités de contrôles1, l’European Data Protection Board (EDPB), en vertu de l’article 97 du RGPD qui impose un bilan de l’application du réglement à intervalles régulier, a envoyé un questionnaire aux autorités nationales pour en comparer les performances.

Le rapport2, publié en décembre 2023, semble à première vue plutôt positif et nous renvoie les messages suivants :

  • Application réussie du RGPD au cours des premières 5,5 années, renforçant, modernisant et harmonisant les principes de protection des données à travers l’UE.
  • Sensibilisation accrue des citoyens et des organisations aux droits et obligations en matière de protection des données.
  • Autorités de contrôle utilisant activement leurs pouvoirs d’investigation et de correction, renforçant la coopération.
  • Visibilité mondiale du RGPD en tant que modèle pour les pays révisant ou adoptant une législation sur la protection des données.
  • Des défis à venir incluent l’évolution du paysage technologique, les limitations en ressources pour les autorités de contrôle, et le manque d’harmonisation dans les nouvelles réglementations, appelant à une plus grande clarté et à des ressources.

Les belges se moquent de leurs données

Alors que l’on ne peut nier l’impact mondial du RGPD et que nous sommes en plein milieu des défis qui sont mentionnés (ex: trajet législatif de l’AI Act), il faut certainement apporter un peu de nuance aux autres points. Plus particulièrement, lorsque l’on se penche sur certains chiffres renseignés par l’autorité belge, on est en droit de se poser une question : Est-ce qu’on se moque de nos données personnelles en Belgique ?

Sensibilisation accrue des citoyens : vraiment?

Utiliser le nombre de plaintes comme indicateur de la connaissance et de la sensibilisation des citoyens n’est évidemment pas idéal. Cela ne montre pas la propension à partager ses données, à les protéger correctement,… Toutefois cela nous indique le taux de réactivité des habitants lorsqu’ils sentent que leurs droits ne sont pas respectés. On dénombre 560 plaintes en 2023, la Belgique est la 21ème place. Si on regarde en nombre de plaintes par 1000 habitants, on arrive à 0,05 en 2023. En comparaison, on arrive à 0,2 pour la France soit 4x plus qu’en Belgique et pour nos voisins hollandais c’est 0,5 donc 10x plus.

Autorité de contrôle : peut mieux faire

La Belgique décroche quelques (tristes) records en matière de performance de son autorité de contrôle. Nous atteignons par exemple le temps median de résolution des plaintes le plus élevé d’Europe : 13 mois de la réception à la cloture de la plainte! Autrement dit, un siècle dans notre monde digital!

Un second point intéressant concerne la qualité des décisions émises par notre autorité. Parmi les décisions contestées, nous avons également le plus haut taux de décisions rejetées par les cours et tribunaux (38%!).

Un dernier pour la route? Notre pays arrive assez bas en matière d’amendes puisque la Belgique est 18ème avec 2 millions d’€ d’amende imposés suite à une infraction au GDPR. L’autorité belge précise en effet qu’elle favorise la médiation et l’éducation. A noter que ce montant englobe également les décisions qui ont été rejetées par les cours et tribunaux.

En conclusion, bien que le rapport de l’European Data Protection Board (EDPB) mette en lumière les avancées positives dans l’application du RGPD au sein de l’Union européenne, la situation en Belgique semble révéler un décalage significatif. Les chiffres révélés soulèvent des questions préoccupantes quant à la sensibilisation des citoyens et à l’efficacité de l’autorité de contrôle belge. Avec un nombre relativement bas de plaintes par habitant et des délais de résolution de plaintes particulièrement longs, la Belgique semble en effet à la traîne. De plus, le taux élevé de décisions rejetées par les cours et tribunaux ainsi que le montant modeste des amendes imposées soulignent la nécessité d’une réévaluation sérieuse des pratiques et des ressources dédiées à la protection des données personnelles dans le pays. Il est impératif que la Belgique intensifie ses efforts pour se conformer pleinement aux exigences du RGPD et pour garantir une protection efficace des droits des citoyens dans un environnement numérique en constante évolution.

  1. L’APD publie son rapport annuel 2022 | Autorité de protection des données (autoriteprotectiondonnees.be) ↩︎
  2. edpb_contributiongdprevaluation_20231212_en.pdf (europa.eu) ↩︎

#3 IA et Gestion des Risques – Une solution miracle?

Aujourd’hui, les rêves les plus fous sont permis grâce à l’introduction massive dans nos vies des intelligences artificielles telles que ChatGPT, Midjourney, et bien d’autres. Aucun secteur n’y échappe, chacun apportant son lot d’innovations et de prédictions. Le domaine de la gestion des risques n’est pas en reste, devenant rapidement un candidat de choix pour l’application de ces technologies.1

Cependant, avant de plonger dans les profondeurs de cette révolution, il est essentiel de garder à l’esprit une vérité fondamentale : les solutions miracles n’existent pas. Comme le disait un vieux sage, « a fool with a tool is still a fool ». En effet, quelle que soit la technologie, c’est l’utilisation qui en est faite qui détermine si elle apportera de la valeur ou si elle se révélera être une perte de temps, voire une marche précipitée dans la mauvaise direction.

a fool with a tool is still a fool

Dans cet article, nous allons explorer les avantages considérables de l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la gestion des risques. Nous aborderons également les problèmes que cette intégration peut contribuer à résoudre, tout en reconnaissant les défis potentiels qu’elle pourrait poser. Enfin, nous conclurons en présentant quelques exemples concrets d’applications de l’IA dans la gestion des risques, ainsi que des astuces pratiques qui peuvent être facilement mises en œuvre.

Comment l’IA peut aider à surmonter les freins à la gestion des risques

La gestion des risques peut être entravée par divers obstacles, tels que sa complexité, le temps qu’elle prend et le risque de se détacher de la réalité. Même si la plus-value à long terme est très souvent démontrée, ces freins empêchent encore certaines organisations d’embarquer pour un trajet de gestion des risques. Au-delà de certaines méthodes simples et pragmatiques pour démarrer (nous en avons déjà parlé ici), l’IA peut offrir des solutions pour atténuer ces problèmes. Examinons comment l’IA peut aider à surmonter chacun de ces freins :

1. La gestion des risques est complexe

La gestion des risques peut être perçue comme complexe, en particulier dans les grandes organisations où de nombreux facteurs entrent en jeu. Bien qu’il est important de souligner que la gestion des risques peut être adaptée en fonction des besoins et des ressources, l’IA peut également apporter des solutions de plusieurs manières :

  • Modélisation de Scénarios: Les modèles d’IA peuvent simuler une multitude de scénarios possibles, ce qui aide les organisations à évaluer l’impact de différents facteurs sur les risques. Cela facilite la prise de décision en fournissant une vision plus complète des risques potentiels et en attirant l’attention sur des zones de risques jusqu’alors non identifiés
  • Analyse de Données Avancée: L’IA peut gérer des ensembles de données massifs, identifier des relations complexes entre les variables et détecter des schémas qui échapperaient souvent aux analyses humaines. Cela permet de mieux comprendre les risques potentiels.
  • Détection d’Anomalies: L’IA peut être utilisée pour surveiller en permanence les données ou des comportements et détecter rapidement les anomalies qui pourraient indiquer un risque émergent. Cela permet une réaction rapide et proactive.2

2. La gestion des risques est chronophage

La gestion des risques peut aussi être perçue comme intensive en termes de temps, en particulier lorsque de nombreuses données doivent être collectées et analysées manuellement. Alors que le mode de déploiement et le niveau d’intégration des processus de gestion des risques ou encore la gouvernance qui les entoure sont des facteurs critiques pour l’efficacité, l’IA peut aussi aider de plusieurs manières :

  • Analyses Plus Rapides: Les modèles d’IA peuvent générer des prévisions plus rapidement que les méthodes traditionnelles. L’avantage principal est de fournir une première analyse qui sera ensuite révisée par l’expertise et la connaissances des gestionnaires de risques et des décideurs. Cela permet en outre une planification plus efficace les réponses aux risques.
  • Automatisation des Tâches Répétitives: L’IA peut automatiser la collecte de données, la mise à jour des rapports et d’autres tâches répétitives, ce qui permet aux équipes de gestion des risques de se concentrer sur des tâches plus stratégiques.

3. La gestion des risques est détachée de la réalité

La gestion des risques peut parfois souffrir d’un détachement de la réalité, où les modèles et les prévisions ne reflètent pas correctement les conditions réelles. L’IA peut contribuer à réduire ce problème de plusieurs manières :

  • Intégration de Données en Temps Réel: L’IA peut intégrer des données en temps réel provenant de capteurs, de réseaux sociaux, de médias, etc., ce qui permet une évaluation plus précise de la situation actuelle. En d’autres termes, l’intégration de ces nouvelles données permet d’affiner l’évaluation (probabilité / impact) initialement réalisée.
  • Adaptation des Modèles: Les modèles d’IA peuvent être continuellement mis à jour pour tenir compte des évolutions en temps réel, garantissant ainsi qu’ils restent pertinents et précis.

l’IA ne remplace pas l’expertise humaine, elle la renforce

En somme, l’IA offre des moyens puissants pour améliorer la gestion des risques en traitant la complexité, en réduisant la charge de travail chronophage et en maintenant une connexion plus étroite avec la réalité en intégrant des données en temps réel. Cependant, il est important de noter que l’IA ne remplace pas complètement l’expertise humaine, mais elle la renforce en fournissant des outils et des informations plus puissants pour prendre des décisions éclairées. De plus, au-delà de l’outil mis en oeuvre, des facteurs clés comme la culture des risques, l’intégration aux processus de décision ou encore la sensibilisation et la formation restent des éléments indispensables pour une gestion des risques efficace.

Les défis de l’IA dans la gestion des risques

Bien que l’IA offre de nombreux avantages, elle n’est pas sans risques. Les exemples dans la presse sont nombreux, la fuite massive de données d’entrainement d’IA chez Microsoft n’en est qu’un exemple.3 De même, des organisations importantes comme le Fonds Monétaire International s’emparent du sujet et commencent à tirer leurs propres conclusions.4 Citons 3 problèmes potentiels qui peuvent se poser :

1. Manque de transparence

Les modèles d’IA peuvent être complexes, ce qui rend parfois difficile la compréhension de la manière dont ils prennent leurs décisions. Cela peut poser des problèmes en matière de conformité réglementaire et d’éthique, notamment dans les secteurs sensibles tels que la santé et la finance.

2. Besoin de données de qualité

Les systèmes d’IA dépendent de données de haute qualité pour fonctionner efficacement. Si les données sont biaisées, incomplètes ou incorrectes, les résultats de l’IA peuvent être imprécis ou biaisés. Cette problématique est toutefois bien plus large que les IA elles-mêmes et concerne n’importe quel modèle traitant des données (”garbage in, garbage out”).

3. Menaces sur la confidentialité

La mise en place de systèmes d’IA peut nécessiter des uploads conséquents incorporant potentiellement des données personnelles et/ou confidentielles. Si ces transferts ne sont pas réalisés dans des conditions de sécurité adaptées, le risque de fuite de données est bien réel.

Sommes-nous totalement désarmés?

Heureusement, des cadres de référence pour maîtriser ces nouveaux outils et des bonnes pratiques pour les utiliser efficacement se développent petit à petit. Voici donc quelques pistes pratiques pour une intégration réussie de l’IA dans la gestion des risques (ou de manière plus large, d’ailleurs) :

  • Comprendre les besoins spécifiques: Identifiez clairement les domaines de la gestion des risques où l’IA peut apporter une valeur ajoutée. Un business case solide doit être établi afin de démontrer la valeur ajoutée.
  • Surveillance Continue: Surveillez en permanence les risques associés au déploiement et à l’utilisation des IA dans l’organisation. Des framework, comme celui développé par NIST représentent d’excellents guides en la matière.5
  • S’assurer de la conformité: Assurez-vous que l’utilisation de l’IA est conforme aux réglementations en vigueur, notamment en ce qui concerne la protection des données. À noter que certaines utilisations sont considérées comme faisant peser un risque inacceptable sur la société et seront purement et simplement interdites. L’Union Européenne s’est spécifiquement penché sur le sujet avec son AI Act.6
  • Formation du Personnel: Comme toujours, la formation est clé! Fournissez une formation adéquate au personnel pour qu’il puisse utiliser les outils d’IA de manière efficace et éthique.

En conclusion, l’intégration de l’IA dans la gestion des risques offre des opportunités considérables, mais elle nécessite une approche réfléchie et éthique. Il n’existe pas de solution miracle, mais en utilisant l’IA de manière judicieuse et en surmontant les défis, les organisations peuvent renforcer leur capacité à anticiper, gérer et atténuer les risques, contribuant ainsi à un avenir plus sûr et plus prospère.

  1. Six Ways AI Will Revolutionize Risk Mitigation | Manufacturing.net ↩︎
  2. Top 5 Cybersecurity Analytics Tools (2023) – Dataconomy ↩︎
  3. Fuite massive de données : Les données d’entraînement de l’IA de Microsoft exposées (netcost-security.fr) ↩︎
  4. Generative Artificial Intelligence in Finance: Risk Considerations (imf.org) ↩︎
  5. NIST AIRC – Home ↩︎
  6. EU AI Act: first regulation on artificial intelligence | News | European Parliament (europa.eu) ↩︎

#2 Comment développer un cadre de gestion des risques effectif

Lorsque l’on veut concocter un petit plat mijoté, il faut rassembler plusieurs éléments. Il est d’abord nécessaire de connaître une recette, que l’on sélectionnera en fonction de nos propres ambitions, de notre énergie et nos connaissances mais aussi de nos contraintes. Ensuite, il faut rassembler les ingrédients. A-t-on besoin de produits basiques qui suffiront à réaliser un bon plat ou, au contraire, devons-nous choisir des ingrédients d’exceptions pour un repas extraordinaire? Enfin, nous devrons disposer de temps suffisant car un plat mijoté ne se fait jamais en deux temps trois mouvements!

Comme pour n’importe quel objectif métier, il est nécessaire de définir un plan et de se fixer une ligne directrice

Développer un cadre de gestion des risques efficace, c’est un peu comme pour la cuisine. Il est nécessaire de définir un plan clair et adapté, de sélectionner les outils qui conviennent le mieux à notre situation et, évidemment, de se donner le temps d’y arriver. Nous développerons aujourd’hui le premier point et partirons sur quelques exemples concrets. Attention, chaque situation est différente et il n’est pas possible de décrire une solution ‘one-fits-all’, c’est pourquoi nous nous poserons ensemble les questions utiles pour affiner votre approche. A vous d’y répondre!

Établir son plan

Construire un plan adapté n’est pas quelque chose de forcément compliqué bien que cette activité puisse être consommatrice de temps. Il est toutefois absolument nécessaire d’en définir un afin de se fixer une ligne directrice et de mettre en place les bonnes actions, adaptées à notre contexte.

La bonne nouvelle, c’est qu’il existe énormément de littérature décrivant la manière de définir une stratégie puis un plan1,2. Ne réinventons pas la roue, et piochons dans ce qui existe en l’adaptant au domaine de la gestion des risques!

Le point de départ

Démarrons par fixer le niveau de départ, ou la maturité. Il s’agit de réaliser une évaluation de la manière dont les risques sont gérés aujourd’hui. Plusieurs méthodes existent à ce sujet avec différents niveaux de complexité, de profondeur et de précision. Citons par exemple, la méthode CMMI (Le modèle CMMI définit une échelle de mesure de la maturité à cinq niveaux, ainsi que les indicateurs nécessaires pour évaluer les activités menées par une entreprise par rapport à cette échelle), la méthode SWOT (L’analyse SWOT, matrice SWOT ou synthèse SWOT est un outil de stratégie d’entreprise permettant de déterminer les options offertes dans un domaine d’activité stratégique. Il vise à préciser les objectifs de l’entreprise ou du projet et à identifier les facteurs internes et externes favorables et défavorables à la réalisation de ces objectifs.) ou, directement adaptés à la gestion des risques, les RMMs (Risk Maturity Models : La maturité du risque est une mesure de la façon dont une organisation identifie, évalue, gère et surveille les risques. Cela fait référence au niveau de qualité et d’intégration des pratiques de gestion des risques d’une organisation3) dont la version la plus connue (payante) est celle développée par le Risk Management Society ou RIMS4 ou encore la méthode (gratuite, celle-là, moyennant création d’un compte utilisateur) du Risk Maturity Model Org5.

Le plus important dans cette première étape sera de se sentir confortable avec la méthode d’évaluation. Alors, pourquoi ne pas ré-utiliser une méthode déjà éprouvée dans votre organisation? De mon côté, j’ai pris le parti d’utiliser un Risk Maturity Model, une méthode relativement simple, inspirée de mon expérience et des modèles d’évaluation de la maturité de gestion des risques.

Tips : Si vous pensez que rien ou presque n’est en place, le tableau ci-dessous est un bon début. Si, par contre, vous êtes déjà plus avancé dans le domaine de la gestion des risques, il peut être intéressant d’utiliser l’outil d’évaluation du Risk Maturity Model Org.

Les objectifs à atteindre

Une fois le point de départ fixé, il faut se poser la question de la destination. Autrement dit, à quel niveau de maturité dois-je amener mon organisation pour lui permettre de sécuriser ses objectifs stratégiques. Cela dépendra d’énormément de facteurs comme la complexité et la taille de la structure, le cadre réglementaire, les objectifs métier, etc. Il n’est en effet pas forcément nécessaire de vouloir atteindre une maturité très haute si une gestion des risques basique est suffisante étant donné le contexte. Nous pouvons résumer les objectifs à atteindre en quatre propositions qui correspondent aux niveaux de maturité.

Niveau 1 – Prendre conscience de son environnement

À ce stade, je vise à développer une conscience initiale des risques au sein de mon organisation. Mon approche est plutôt réactive, où je réagis aux risques au fur et à mesure qu’ils se présentent. Je ne dispose pas encore d’un processus formalisé pour anticiper ou gérer activement les risques. Mon objectif principal est de prendre conscience des conséquences potentielles des risques et de décider au cas par cas comment y faire face, même si cela peut entraîner des pertes financières ou des impacts sur la réputation.

Niveau 2 – Minimiser les pertes et les échecs

À ce niveau, je vise à mettre en place une approche structurée pour la gestion des risques au sein de mon organisation. Je commence à identifier et à évaluer systématiquement les risques potentiels. J’adopte des méthodes de base pour prioriser ces risques en fonction de leur probabilité et de leur impact. Mon objectif est de réagir de manière cohérente à chaque risque identifié, en mettant en place des plans d’atténuation préétablis pour minimiser les perturbations et les impacts négatifs. Toutefois, j’ai conscience qu’un manque d’exhaustivité peut se présenter et entraîner des conséquences car les personnes concernées ne sont pas forcément impliquées.

Niveau 3 – Optimiser les coûts liés aux risques et évaluer les opportunités

À ce stade, je m’efforce d’optimiser ma gestion des risques en mettant en œuvre des processus plus élaborés. Mon objectif étant d’anticiper le plus possible, j’ai établi une méthodologie complète pour l’identification, l’évaluation et la gestion continue des risques. Je collabore avec les parties prenantes concernées pour élaborer des stratégies d’atténuation spécifiques à chaque risque majeur. Je surveille activement les indicateurs de performance liés aux risques et j’ajuste mes approches en conséquence pour minimiser les impacts négatifs et saisir les opportunités.

Niveau 4 – Soutenir les décisions stratégiques et augmenter la performance

Mon objectif à ce niveau est d’intégrer la gestion des risques dans tous les aspects de l’entreprise. Je considère les risques comme faisant partie intégrante de la prise de décision stratégique. J’ai mis en place une culture de gestion des risques au sein de l’organisation, où tous les membres comprennent l’importance de l’identification précoce et de la gestion proactive des risques. Je dispose de systèmes et d’outils avancés pour la collecte de données, l’analyse prédictive des risques et l’automatisation des processus de gestion des risques. Mon objectif ultime est de créer une organisation résiliente qui peut anticiper, s’adapter et prospérer face à l’incertitude.

Les activités à mettre en oeuvre

Maintenant que nous avons établi les objectifs à atteindre pour chaque niveau de maturité, il est temps de discuter des activités à mettre en œuvre pour progresser dans le développement de votre cadre de gestion des risques. Chaque niveau nécessite des actions spécifiques pour atteindre l’objectif visé mais nous ne fixerons pas de plan générique. Comme écrit plus haut, chaque situation est différente et il n’est pas possible de décrire une solution ‘one-fits-all’. Toutefois, j’évoquerai ici certaines pistes qui peuvent donner les premières idées et vous permettre d’orienter vos choix.

Niveau 1 – Ad-hoc :

  • Commencez par sensibiliser l’équipe à l’importance de la gestion des risques et aux conséquences potentielles.
  • Mettez en place un mécanisme simple pour signaler les incidents et les problèmes liés aux risques.
  • Identifiez les risques les plus évidents et définissez des actions réactives pour y faire face.
  • Encouragez la communication ouverte sur les risques au sein de l’organisation pour apprendre des expériences passées.

Niveau 2 – Structuré :

  • Développez un cadre de gestion des risques de base, y compris les étapes clés de l’identification, de l’évaluation et de la réponse aux risques.
  • Formalisez les rôles et les responsabilités liés à la gestion des risques au sein de l’organisation.
  • Élaborez des plans d’atténuation préétablis pour les risques courants et définissez des critères pour prioriser les risques.
  • Mettez en œuvre des indicateurs clés de performance (KPI) pour suivre l’efficacité de vos actions de gestion des risques.

Niveau 3 – Optimisé :

  • Adoptez des méthodologies avancées d’identification et d’évaluation des risques, telles que l’analyse quantitative.
  • Élaborez des plans d’atténuation spécifiques pour chaque risque majeur, en tenant compte des impacts financiers et opérationnels.
  • Mettez en place des comités de gestion des risques pour examiner régulièrement la situation et prendre des décisions éclairées.
  • Investissez dans des outils logiciels de gestion des risques pour suivre les risques de manière plus proactive.

Niveau 4 – Intégré :

  • Intégrez la gestion des risques dans les processus décisionnels stratégiques de l’entreprise.
  • Utilisez des techniques d’analyse prédictive pour anticiper les tendances et les évolutions des risques.
  • Automatisez les processus de gestion des risques autant que possible, en utilisant des technologies telles que l’intelligence artificielle.
  • Favorisez une culture du risque forte en fournissant une formation continue, en reconnaissant les bonnes pratiques et en encourageant la collaboration interdépartementale.

Ci-dessous, un exemple concret de trajet qui peut être suivi lorsque rien n’a encore été mis en place. L’objectif est de se familiariser avec les principes de la gestion des risques et de construire une première image de son profil de risques tout en commençant à impliquer des collaborateurs clés.

Rappelez-vous que chaque niveau de maturité est une étape progressive, et il est important de prendre le temps nécessaire pour consolider chaque niveau avant de passer au suivant. Adaptez ces moyens à votre contexte spécifique, en tenant compte de la taille de votre organisation, de son domaine d’activité et de ses ressources disponibles. En mettant en œuvre ces moyens de manière stratégique, vous pourrez développer un cadre de gestion des risques robuste et efficace pour sécuriser les objectifs stratégiques de votre organisation.

  1. Competitive Strategy: Techniques for Analyzing Industries and Competitors by M. Porter ↩︎
  2. Playing to Win : How Strategy Really Works ↩︎
  3. Explaining risk maturity models and how they work ↩︎
  4. RIMS Risk Maturity Model ↩︎
  5. Risk Maturity Model Org ↩︎

#1 Tout le monde devrait connaître les bases de la gestion des risques

Dans un monde en constante évolution et dans lequel la prise de décision rapide et éclairée est plus que jamais cruciale pour la prospérité voire la survie d’une entreprise, la gestion des risques est une discipline de plus en plus centrale. Que vous soyez dirigeant d’entreprise, entrepreneur ou simplement un individu désireux de structurer ses décisions grâce à une approche basée sur les risques, la connaissance des bases de la gestion des risques est indispensable. Nous verrons au long de cet article les avantages d’intégrer la gestion des risques dans la prise de décision et nous explorerons les freins qui empêchent tellement de monde d’appliquer ces méthodes. Nous nous attarderons bien entendu sur les moyens de lever ce différents problèmes et sauter des deux pieds dans le monde de la gestion des risques.

Certaines entreprises ont su réagir rapidement et développer de nouvelles opportunités alors que d’autres se sont heurtées à ce changement

La gestion des risques est une approche systématique qui vise à identifier, évaluer et gérer les risques potentiels auxquels une entreprise ou un individu peut être confronté. Cela implique de comprendre les facteurs de risque, d’évaluer leur probabilité d’occurrence et leur impact potentiel, et de prendre des mesures appropriées pour les atténuer ou les éviter. En intégrant la gestion des risques dans le processus de prise de décision, les entreprises peuvent minimiser les conséquences négatives des événements imprévus et maximiser les opportunités. Des leçons très pertinentes sont à tirer de la crise du COVID. En effet, certaines entreprises ont su réagir rapidement et développer de nouvelles opportunités alors que d’autres se sont heurtées à ce changement telle une voiture lancée à toute vitesse contre un mur. Et ce, parfois au sein d’un même secteur! Dans le luxe, par exemple, le monde la beauté a très vite rebondi et brillé sur le web alors que l’horlogerie et la joallerie se sont montrés très peu réactifs.1

L’un des avantages clés de la gestion des risques est sa capacité à améliorer la résilience de l’entreprise. En identifiant les risques potentiels et en mettant en place des mesures préventives, les entreprises peuvent se préparer à faire face à l’incertitude et réagir de manière efficace en cas de problème. Cela permet d’éviter les pertes financières importantes, les interruptions d’activité prolongées et les atteintes à la réputation de l’entreprise. La gestion des risques contribue ainsi à la durabilité et à la continuité des opérations.

De plus, la gestion des risques favorise une prise de décision plus éclairée. En évaluant les risques associés à différentes options, les décideurs peuvent prendre des décisions plus informées et mieux équilibrées. Cela permet de réduire les décisions basées sur l’intuition ou l’impulsion, et d’adopter une approche plus objective et factuelle. En intégrant la gestion des risques dans le processus de prise de décision, les entreprises peuvent également évaluer les opportunités potentielles et prendre des décisions stratégiques qui favorisent la croissance et le développement. La figure ci-dessous, tirée d’un cadre bien connu en gestion des risques (COSO), nous montre comment la gestion des risques, intégrée à la réflexion stratégique, mène à une performance améliorée2.

Il est essentiel de voir la gestion des risques comme un investissement plutôt que comme une contrainte, car les bénéfices à long terme sont considérables

Malgré ces avantages évidents, de nombreuses personnes et organisations hésitent encore à adopter la gestion des risques. Plusieurs freins peuvent expliquer cette réticence. Tout d’abord, certaines personnes peuvent considérer la gestion des risques comme un processus complexe et chronophage. Cependant, il est important de souligner que la gestion des risques peut être adaptée en fonction des besoins et des ressources de chaque organisation ou individu. Des approches simples et pragmatiques peuvent être mises en place pour commencer. L’un des objectifs de ce blog est d’ailleurs de rendre la gestion des risques accessible à tous. Nous verrons comment utiliser des pratiques simples et efficaces afin de se préparer aux aléas.

Un autre frein courant est la méconnaissance des méthodes et des outils disponibles pour la gestion des risques. Certaines personnes peuvent ne pas être familières avec les concepts clés ou les techniques d’évaluation des risques. à nouveau, les artciles de ce blog ont pour objectif d’accompagner le lecteur vers ces connaissances fondamentales et de l’aider à mettre cela en place. Il est essentiel de voir la gestion des risques comme un investissement plutôt que comme une contrainte, car les bénéfices à long terme sont considérables.

Enfin, la résistance au changement peut être un autre obstacle à l’adoption de la gestion des risques. Certaines entreprises peuvent craindre que l’introduction d’une approche formelle de gestion des risques remette en question leur culture existante ou ralentisse leurs processus décisionnels. Cependant, il est important de comprendre que la gestion des risques n’est pas une fin en soi, mais plutôt un moyen d’améliorer la performance globale de l’entreprise et d’assurer sa pérennité. Des recherches ont en outre démontré que les entreprises ayant construit une culture du risque forte sont plus à même de prevénir et de détecter les risques car l’information y circule mieux. Une attitude positive face aux risques, inscrite dans une optique d’amélioration continue n’apportera que bénéfice aux orginsations qui les mettent en oeuvre. Au contraire, un manque de culture du risque peut s’avérer catastrophique dans certaines situations. Une commission fédérale belge instaurée après les graves inondations de 2021 a pointé la très faible préparation de la population à la gestion de crise et, plus largement, à la culture du risque. De nombreux décès ont été enregistrés lors de cette catastrophe3.

Il est crucial de sensibiliser les acteurs concernés à l’importance de la gestion des risques et aux avantages qu’elle peut apporter

Pour surmonter ces freins, il est crucial de sensibiliser les acteurs concernés à l’importance de la gestion des risques et aux avantages qu’elle peut apporter. La formation et la communication sont des éléments clés pour susciter l’adhésion et créer une culture de gestion des risques au sein d’une organisation. Il est également essentiel de développer des compétences internes en gestion des risques en formant des personnes clés et en encourageant la collaboration entre les différentes parties prenantes.

En conclusion, la gestion des risques est une discipline essentielle dans un monde en perpétuelle évolution. Que ce soit pour les entreprises ou les individus, intégrer la gestion des risques dans la prise de décision offre de nombreux avantages, tels que l’amélioration de la résilience, la prise de décision éclairée et la maximisation des opportunités. Bien que certains freins puissent exister, il est important de surmonter ces obstacles et de développer les compétences nécessaires pour intégrer la gestion des risques dans nos prises de décision quotidiennes. En comprenant les bases de la gestion des risques, nous pouvons prendre des décisions plus informées, minimiser les pertes et les impacts négatifs, et maximiser les chances de succès à long terme.

  1. Pour la beauté de luxe, la crise du Covid-19 est source d’opportunités (fashionnetwork.com) ↩︎
  2. Understanding risk in the strategy-setting process | Ethical Boardroom ↩︎
  3. Inondations en Wallonie : ‘Un besoin criant de culture du risque’, selon la commission d’apprentissage – rtbf.be ↩︎